Suivez-moi ... Là où mes mines me mènent !
Au nord-ouest de l'Inde, chez Achala, parmi les Rabaris.
(pour les premières étapes du dessin accompagnées de l'histoire des Rabaris,
je vous invite à consulter l'article précédent : cliquez ici .)
Le crépuscule des Rabaris
Devront-ils cesser d’être qui ils sont pour pouvoir survivre ?
Le crépuscule des
Rabaris
Hier, une vocation, aujourd’hui, un commerce.
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Où qu'ils aillent, les Rabaris doivent désormais payer les agriculteurs qui ont cessé de les accueillir sur leurs champs en toute liberté. Les redevances des contrats de pâture, établies pour une durée spécifiée, se négocient entre les villageois - qui décident le plus souvent des prix - et les chefs de tribus : il est du devoir des pasteurs de ne pas transgresser les règles du système, sans quoi ils ne seront plus acceptés dans le voisinage.
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| ©Meena Kadri |
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En conséquence, les Rabaris perçoivent de nos jours le nomadisme tout autrement : ce n’est plus une vocation mais un commerce ! Incités par le gouvernement qui leur octroie prêts, assurances, voire même aide financière lors des années de sécheresse, ils se lancent, bon gré mal gré, dans celui de la laine – pour la confection de vêtements et tapis – et dans la vente d’animaux sur les marchés locaux (la vente de bovins pour la consommation humaine constitue encore une infraction morale, mais les ovins et caprins fournissent une viande non interdite par la tradition hindoue). La vente de lait - jadis tenue comme un délit semblable à la vente de sang – entre également dans les mœurs.
©Michael Sheridan
Puisque les pasteurs n’ont qu’une connaissance très limitée de l’économie de marché, ils ne savent pas grand-chose de l’âpre concurrence qui joue entre les négociants d’ovins et de laine ; avec la fluctuation des prix, ils reçoivent parfois moins d’argent pour leur laine ou leurs moutons que lors de la transaction précédente et pensent avoir été floués ; ils ont le sentiment d’être trahis par ceux en qui ils avaient confiance.
©Steve McCurry
mise à jour du jeudi 21juillet
S’adapter par la sédentarisation, l’éducation et le changement d’activité.
S’il ne reste que 15 ou 20 moutons et chèvres, un membre de la famille gardera le troupeau pendant que
les autres – y compris femmes et enfants - rechercheront un emploi salarié comme main-d’œuvre non qualifiée : manœuvre pour creuser l’argile, travailleur dans les
champs, ouvrier dans les mines de sel, garde de nuit sur des chantiers de construction, employé dans des stations-service et des commerces. Le domaine des transports les attire
également : voyager est dans leur sang.
Pour permettre cette intégration par le travail, ils considèrent que l’enseignement, vital, leur permettra de développer de nouvelles opportunités d’abandonner leur mode de vie inadapté à ce monde moderne auquel ils veulent s’intégrer pour survivre. Pour ces adultes analphabètes - qui parfois n'ont ni emploi ni papiers officiels pour attester de leur existence - gagner un statut reconnu est un vrai défi et ils ne veulent pas que leurs enfants rencontrent les mêmes problèmes ; mais faute d’écoles mobiles, la scolarisation ne peut vraiment concerner que les familles sédentarisées.
Des choix de vie importants conditionnent et bouleversent leur vie
et de telles décisions ne peuvent être prises à la légère ...
| ... sans le conseil des anciens ... | ... sans le soutien des proches ... |
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| Photo © Angshuman Chateerjee | Photo © Angshuman Chateerjee |
Photo © Caleb Coleman
De plus, très conscients de l'impact négatif que l'école peut jouer sur le tissu culturel de leur groupe ethnique, ils souhaitent un système d'éducation qui respecterait leurs valeurs morales et religieuses, leurs traditions, leur style de vie de nomades. Les écoles formelles des villages voient à peine la réalisation de ce projet d'éducation. Les valeurs des groupes minoritaires ne sont-elles pas réduites par les messages traditionnels des textes d'école ? De plus, il n'y a que très peu d'enseignants d’origine rabari qui puissent être des exemples pour les enfants et pour les jeunes gens de la communauté ...
Photo © Mitchell Kanashkevich
mise à jour du dimanche 24 juillet
Comment ne pas tomber sous le charme de cette merveilleuse petite Rabari, de cette splendide photo de Mitchell Kanashkevich que je vous proposais ci-dessus. Certaines lectrices me conseillent, superbe défi, de la dessiner ...
D'autres que moi l'ont déjà tenté ! Regardez !
A gauche, la photo originale ... à droite, une "peinture digitale" que je viens de découvrir sur internet !
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| Photo © Mitchell Kanashkevich. |
Digital Painting © Lemant
Dangare |
Un clic sur cette image vous permettra de découvrir le site de l'artiste Lemant Dangare ...
Qui sait ? Peut-être serai-je un jour capable, à l'aide de mes portemines, de relever aussi le défi ?
Pour l'heure, permettez-moi l'expression, revenons à nos moutons : le peuple d'Achala !
Le crépuscule des Rabaris
Devront-ils cesser d’être qui ils sont pour pouvoir survivre ?
Les tatouages, une affaire de femmes ...
Les Rabaris font partie des peuples les plus tatoués d'Asie.
Traditionnellement, le tatouage incombait - et était destiné - aux femmes qui, munies d'une longue aiguille, représentaient des motifs compliqués sur les jambes, bras, mains, cous et visages, motifs qui assuraient la fertilité, protégeaient des dangers extérieurs et racontaient leur vie, celle des chameliers nomades du désert du Gudjarat. Très fréquemment, on retrouvait le symbole du puits sur les avant-bras : avec un climat essentiellement sec, il représentait la vie pour ces nomades qui voyagent. L’encre se composait d’un mélange de charbon noir et de colorants naturels. Les mères tatouaient leurs filles dès l'âge de trois ans et jusqu’à leur mariage à 20 ans, car une femme non tatouée n’était pas considérée comme attrayante et ne pouvait attirer un mari.
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Il y a une trentaine d'années, la machine à tatouer a remplacé les aiguilles. Des tatoueurs ambulants – qui utilisent dorénavant de l’huile de noix de coco et du kérosène dilué dans de l’eau - ont repris le rôle autrefois dévolu aux femmes. Cependant, leur méconnaissance de la symbolique rabari a provoqué une dégradation de la tradition, qui disparaît peu à peu au nom du progrès et de la modernité issus du monde occidental et valorisant des images de femmes modernes à la peau claire.
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all photo © Daniel Pissondes
mise à jour du mercredi 27 juillet
Le crépuscule des Rabaris
Devront-ils cesser d’être qui ils sont pour pouvoir survivre ? (suite et fin)
Des femmes monochromes ...
photo © Angshuman Chatterjee
Les femmes portent un long châle noir, puisque les moutons des Rabaris sont souvent noirs, châle appelé « lobadi » ou « ludi » et qui recouvre la tête, allant parfois jusqu’à voiler entièrement le visage lorsqu’un homme étranger à la famille apparaît. Dessous s’entrevoit une blouse courte ornée de broderies colorées et rehaussées d’or et d’argent, blouse ouverte dans le dos et dont les pans sont reliés par des lacets.
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Des femmes monochromes aux couleurs chatoyantes ...
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photo © Angshuman Chatterjee |
photo © Angshuman Chatterjee
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De tous temps, les femmes brodent pendant leur temps libre et transmettent leur savoir-faire aux jeunes filles. La broderie joue un rôle primordial dans leur vie : c’est une obligation sociale et une monnaie d’échange lors des mariages, mais aussi l’expression matérielle de leur culture. Chaque point, chaque motif, chaque dessin - et la manière dont ils sont réalisés -, les occasions auxquelles les étoffes sont portées, tout a une signification et permet de distinguer la provenance du tissu par ses broderies.
photo © Angshuman Chatterjee |
photo © Angshuman Chatterjee |
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« J’avais remarqué un sac aux finitions délicates, le tissu était brodé de couleurs chatoyantes et parsemé de miroirs » écrit Judith Frater, anthropologue américaine qui se bat pour la survie des artisanats locaux et a partagé plusieur mois la vie de ce peuple nomade." « The Threads of Identity » (1995) [Tissus identitaires].
“C’était à la fois naïf et vivant, les miroirs en forme de cœurs et les couleurs vibrantes étincelaient joyeusement pour créer un autre univers. J’étais comme hypnotisée. »
“J’ai été frappée par ces femmes mystérieuses enveloppées de noir, dont je n’apercevais qu’un œil à travers l’entrebâillement des portes. Qui étaient ces femmes de l’ombre ? Comment leur existence monochrome leur permettait-elle de créer ces broderies exubérantes ? A quoi pensaient-elles quand elles brodaient ces motifs si expressifs ?”
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Les motifs de chameaux, de paons et d’éléphants rappellent leurs origines de chameliers et leur lignée royale, et les scorpions, l’acacia et les femmes qui portent de l’eau évoquent l’âpreté de la vie dans le désert. Les miroirs sont des parures, mais ils sont également destinés à aveugler et à désorienter les esprits malfaisants ainsi qu’à protéger leurs enfants du mauvais œil.
photo © Retlaw Snellac |
De nos jours, l’art rabari résiste pourtant mal aux pressions du monde moderne. De plus en plus de femmes se sont mises à travailler et consacrent donc moins de temps à la broderie, préférant même orner leurs vêtements de passements en tissu synthétique brillant, ou utiliser la machine à coudre ; la laine est délaissée pour le polyester, et les motifs anciens du désert comme les paons et les oiseaux sont remplacées par des motifs plus urbains et futiles comme des tracteurs et des motos.
Oui, les Rabaris ont déjà cessé ...
| d'être ce qu'ils sont ... | ... pour pouvoir survivre ! |
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Photo © Hervé Blandin |
Photo © Hervé Blandin |
Mes sources d'information principales :
http://www.decomood.com/s/18599_94990_les-rabaris-font-leurs-bagages
http://www.trekearth.com/gallery/Asia/India/West/Gujarat/Anjar/photo828160.ht
http://www.touarek.org/BODYART/histoire_tatouage.php
http://www.kustomtattoo.com/tatouage-piercing-paris-tatoo/tatouage-tatoo-origine-ethymologie.htm
http://cristiefuller.bmtafeweb.com/india/Rabari3.html
http://fiveprime.org/hivemind/Tags/rabari,tattoo
http://www.courrierinternational.com/article/2005/08/04/broderie-chez-les-nomades
http://art.ba.meunier.free.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=57&Itemid=105
http://www.hommes-racines.fr/peuples-les-rabaris/page_4kk.html#
http://ngm.nationalgeographic.com/2010/02/nomads/mccurry-photography
http://ngm.nationalgeographic.com/2010/02/nomads/lancaster-text/2
http://www.photoradar.com/photos/757/ffotolady/rabari-elder
http://www.eenet.org.uk/resources/eenet_newsletter/news4_fr/page4.php
http://indiahistoryspeaks.blogspot.com/2008/07/rabaris-of-kutch.html
http://www.worldlingo.com/ma/enwiki/fr/Rabari
http://membres.multimania.fr/joshsnapbarnes/dp.html
Je vous invite à découvrir le dessin achevé ... ICI !

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