Là où mes mines me mènent ?
Au nord de l'Inde, chez Achala, parmi les Rabaris.
LES ORIGINES
Ce peuple de pasteurs nomades, depuis des siècles et des siècles, parcourt les territoires du Gudjarat, du Pendjab, du Harayana et du Rajasthan, situés le long de la frontière avec le Pakistan. (Voyez la carte ici).
Rabari signifie « hors du chemin ».
Ils seraient originaires du Baluchistan (une région du Pakistan), et auraient migré vers l'Inde il y a plus d'un millénaire. On les apparente parfois au peuple des Tsiganes. Le mythe décrivant les origines des Rabaris raconte que leurs hommes ont épousé les Apsaras, ces demi-déesses, des nymphes célestes à la beauté séduisante qui habitaient les cieux et les airs et marchaient sur l’eau.
Permettez-moi, par ces huit clichés du photographe Laurent Auxietre,
de vous présenter de fiers mais tristes et sombres Rabaris ...
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Permettez-moi de vous présenter enfin les premiers traits de mon dessin,
... et ne cherchez pas Achala parmi les photos ci-dessus : il n'y figure pas.
LE TURBAN
La plupart des hommes portent un costume composé d’un large pantalon blanc orné, parfois, de discrets motifs de couleurs, et d'une chemise courte - blanche également - avec de longues et amples manches. Achala, vous le verrez, fait honneur à la tradition : un turban immaculé complète le plus souvent ce costume. Ils arborent parfois deux grosses boucles d’oreille de forme semi-conique assez lourdes appelées « Toliya »qui traversent le cartilage de l’oreille de part et d’autre : Achala n'en portera pas, vous le verrez, mais à la place, il a choisi ... mais cela, il est encore un peu tôt pour en parler, attendons que le dessin vous le révèle bientôt !
mise à jour du mardi 12 juillet.
LA VIE DE NOMADE AVANT 1947 ...
Depuis des siècles, basés dans leur région ancestrale du Kutch, les Rabaris partent en transhumance - sitôt la mousson estivale terminée - et sillonnent les plaines à la recherche de pâturages, en parfait accord avec les paysans des régions traversées, selon un mode de vie séculaire, rythmé par les saisons et les besoins de leurs troupeaux de chameaux, dromadaires, vaches, chèvres et moutons.
Depuis des siècles.
Jusqu’en 1947.
(Les agneaux, trop faibles pour parcourir de longs trajets, sont ménagés
!)
Jusqu'en 1947, écrivais-je : jusqu'à ce que la "révolution verte"
- alors lancée alors par le gouvernement indien -
bouleverse progressivement, complètement et irrémédiablement leur vie.
LA VIE DE NOMADE APRES 1947 ...
Une nouvelle politique agricole plus intensive, instaurée afin de nourrir une population humaine en pleine expansion, a mené à un épuisement des sols et, pour de multiples raisons que je tenterai de résumer bientôt, a obligé les Rabaris à abandonner leurs zones de pâture traditionnelles, à mener toujours plus loin leurs troupeaux, essentiellement composés de nos jours de chèvres et de moutons, et à devenir progressivement semi-nomades : aujourd’hui, l’on estime que seulement 2% de Rabaris sont encore nomades ...
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Beaucoup vivent dans de petits hameaux de huttes rondes aux murs de boue et toits de chaume.
Sous une chaleur accablante, les hommes continuent, inlassablement, à sillonner - les routes cette fois – en quête de nouveaux pâturages - souvent en butte à l'hostilité des cultivateurs locaux qui les voient maintenant comme des envahisseurs, souvent en butte au racket et au mépris - pendant que les femmes redoublent d’astuce et d’intelligence pour vendre la laine et le beurre clarifié près des commerçants des villes proches.
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Plus encore que le turban, c'est l'étoffe de la chemise d'Achala que j'ai aimé dessiner : vous la découvrirez bientôt ...
Davantage encore, le visage, ridé à souhait, m'a intéressé : quel plaisir pour moi de le détailler ! En voici les premiers
traits, ici, et ci-dessous. Enfin, et surtout, j'ai craqué pour ses moustaches, de belles bacchantes : celles que l'on voit sur les photos de Laurent Auxiètre ne sont rien à côté de celles d'Achala, que vous ne connaissez pas encore ! Vraiment : j'ai littéralement jubilé en les dessinant, poil après poil ! |
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mise à jour du vendredi 15 juillet.
LES RABARIS ... en voie vers une lente et inéluctable disparition ?
Le gouvernement indien, par sa révolution verte de 1947, a tenté de protéger les terres agricoles des dégradations dues à l’érosion et a procédé à des plantations d’arbustes qui, envahissant aussi les terres incultes que les Rabaris avaient coutume d’utiliser, ont condamné leur accès et limité les parcours traditionnels de transhumances. Ces plantations se répandant le long des routes, les pasteurs ont même été contraints de se déplacer en leurs bordures, cette situation provoquant ainsi des risques pour le bétail et de graves perturbations pour la circulation.
Auparavant, les régions réservées aux cultures et celles propices à l’élevage étaient bien distinctes et les pasteurs n’entraient guère en concurrence avec les paysans locaux. Par certaines réformes, le gouvernement a progressivement incité ces derniers à élever eux-mêmes d'autres espèces de bovidés. Les vaches indigènes des Rabaris, dont les productions telles que les bouses pour la fumure, les peaux ou la traction étaient autrefois hautement appréciées par les agriculteurs que les nomades côtoyaient lors de leurs déplacements, ont alors perdu de leur valeur. En tant que mode d’existence, le pastoralisme a par voie de conséquence été hautement déprécié car l'élevage intensif des buffles a été privilégié sur les exploitations agricoles comme source principale de revenus, les agriculteurs conservant désormais les résidus de cultures pour leurs propres animaux plutôt que de laisser les pasteurs les utiliser.
L’agriculture s’est intensifiée et des champs qui demeuraient toute l’année en jachère – prisés par le peuple nomade – ont désormais été exploités toute l’année pour des cultures et un élevage rentables, allant même parfois jusqu’à bloquer l’accès aux points d’eaux pour les pasteurs ; les engrais chimiques ont supplanté le fumier autrefois tant apprécié. Les rapports se sont détériorés, querelles et tensions sont venues remplacer l’harmonie d’antan, laissant le peuple des Rabari, les frères d'Achala, dans la perplexité et l'incompréhension.
Parlons aussi du secteur industriel : lui qui reposait autrefois sur le textile, et donc profitait aux Rabaris éleveurs, s’est diversifié avec l’exploitation de minéraux comme le bauxite, ou du pétrole et du gaz naturel. En conséquence déplorable, les nouvelles industries se sont souvent implantées sur des terres marginales, sources de fourrages pour les pasteurs au cours de leurs migrations.
Enfin, l’évolution climatique - ce réchauffement qui affecte la planète entière - ne joue pas non plus en faveur des Rabaris. Ces dernières décennies, une tendance à des sécheresses prolongées répétitives est apparue, ce qui a perturbé la croissance des végétaux en détruisant les graines et appauvrissant les terres : la détérioration croissante des sols a réduit le nombre et la variété des espèces fourragères disponibles.
cliquez ici pour la suite de l'histoire des Rabaris et les étapes suivantes du dessin d'Achala.

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En effet, au 18ème siècle les peintres français allaient pas
ser un an ou deux en Italie pour apprendre à faire les drapés et lorsqu'ils y arrivaient, ils revenaient en France auréolés de lauriers.
Les bacchantes sont impressionnantes elles aussi.
Je ne sais si j'ai déjà eu mon diplôme avec les turbans de la vieille mendiante rwandaise, de Lalibela, ou encore d'Ali le sud-soudanais, mais j'aime en dessiner. Les drapés du turban d'Achala m'attiraient beaucoup, un défi pas trop difficile à relever pourtant.
Plus encore que le turban, c'est l'étoffe de la chemise d'Achala que j'ai aimé dessiner ... Davantage encore, le visage, ridé à souhait : quel plaisir pour moi ! Enfin, et surtout, les bacchantes : celles que l'on voit ici sur les photos ne sont rien à côté de celles d'Achala ! Vraiment ... Et j'ai véritablement jubilé en les dessinant ...
Tous ces détails apparaîtront progressivement, comme à l'habitude dans mes présentations de dessins évolutifs !
... à suivre donc ... : vous verrez, ce Rabari (je parle de l'homme, mais de mon dessin) est "magnifique", autant par son visage que par son turban et sa chemise !
Afin de vous permettre de mieux encore imaginer le reste, savez-vous qu'en réalité, les proportions du détail du dessin actuellement visible sont à diviser par près de trois ? En réalité, ce que vous voyez ne mesure que 4 x 6 cm ...
Le sujet me passionne énormément, mais comme je ne suis jamais allé en Inde, je puise mes renseignements sur internet, et il s'agit de trier, mettre de l'ordre, et synthétiser : pas aisé, et cela prend du temps ...
A demain pour la suite, si vous avez le temps.
... et si l'on considère que l'Empire de Perse était proche du Pakistan et de l'Inde ... : oui, son oeil persan nous regarde !
Merci, et sincèrement, je pense que ce qui vient à venir, sans vouloir faire de mauvais jeux de mot avec ce thème de dessin ... "tient la route" ou "vaut le déplacement" !
Tu ne seras pas étonnée de lire que je m'en doutais !
Merci Jean, tant mieux si tu te régales à la vue de l'évolution de ce dessin : j'oublie souvent d'en parler sur le blog, car je considère que mes visiteurs y sont maintenant habitués, mais ma technique de travail - prise de repères point après point, un travail millimétré, je ne passe au cm2 suivant que lorsque celui en cours est achevé - surprend souvent celui qui ne la connaît pas encore ... et je ne cherche finalement pas à la changer, elle me plaît et me comble !
D'autres viendront, plus belles encore, ou du moins plus émouvantes, parfois même ... tristes et dramatiques ! Car l'avenir des Rabaris est loin d'être rose ...
Un pèlerinage là-bas ? Pour les Rabaris ?
Ce n'est pas à l'ordre du jour : pour repeupler leurs troupeaux, ils risqueraient de vouloir kidnapper sur ses terres ce "chameau" (oups pardon ça m'a échappé) de Bart !
Allons, soyons sérieux ! à bientôt pour la prochaine mise à jour ...
D'autant plus que par les temps qui courent, la région de l'Yser risque d'être à nouveau inondée et je ne sais si Albert sera là à cheval pour nous en sortir ...
Bon, sérieux moi aussi : à la semaine prochaine pour une nouvelle victoire belge au Tour car nous nos coureurs cyclistes ... belges ... sont bien plus performants que nos ministres ... flamands et wallons ...
Vous avez raison. D'après ce que j'ai lu, les Raikas sont des nomades appartenant au même peuple que les Rabaris, mais qui vivent principalement à l'est du Gudjerat et au Rajasthan, tandis que les Rabaris voyagent essentiellement dans les déserts du Kutch et dans l'ouest du Gudjerat.
Par le passé, comme les Rabaris, ils étaient principalement éleveurs de dromadaires et ont dû se reconvertir - à partir de 1947 - dans l'élevage des chèvres et des moutons.
Merci, Parameshvari, pour votre question, j'espère que cette rapide réponse vous conviendra.
Merci ... pourquoi écrivez-vous "que" ? Personne ne peut briller en toute chose !
C'est à la faveur de mes actuelles recherches sur internet - pour la préparation d'un article qui accompagnera un dessin que je publierai en automne - que j'ai découvert votre blog bien intéressant : oui, cela paraît malheureusement inéluctable, ces peuples de la vallée de l'Omo risquent de souffrir, de disparaître progressivement, comme ces bergers nomades rabaris dont je parle dans mes articles de juillet ... et nous devons nous en inquiéter ! C'est l'humanité qui disparaît ainsi irrémédiablement ... "En Afrique, quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle!" (vous connaissez cette citation mieux que moi).
Oui, Amadou Hampate Bâ a hélas raison ; mais pas en ce qui le concerne ! Heureusement pour l'humanité, cet homme a consacré les dernières années de sa vie à classer les archives qu'il avait accumulées durant sa vie sur les traditions orales d'Afrique de l'Ouest, les a publiées, et a encore écrit, entre autres, ses mémoires !
je fais des fresques, je cherche une vieille ardéchoise aussi belle que votre lalibella, pas encore trouvé, à suivre?
Bonne continuation.
Merci pour votre commentaire ... quelque peu énigmatique : vous me parlez de Lalibela (une vieille dame éthiopienne, très belle en effet) alors que votre message est posté à la suite d'Achala le Rabari (un nomade indien, très beau également !) ...
... et je ne comprends pas ce que vous voulez dire avec votre recherche de vieille ardéchoise pour une fresque ? Si vous le voulez bien, pourriez-vous être plus explicite ? En quoi pourrais-je vous aider ?