Vendredi 13 novembre 2009

 


     Bonjour, comment allez-vous ?  Je vois que vous ne voulez pas manquer le rendez-vous que je vous avais fixé avant-hier, lors la première partie de cette visite guidée, en promettant de bientôt vous présenter les oeuvres artistiques, non dénuées d'intérêt, de l'ermita.


     Cette chapelle abritait sous son toit un grand et magnifique retable du XVIIe siècle nommé  "Retable de Saint Jean Baptiste" (Retablo de San Juan Bautista).  Ce chef-d'oeuvre aurait été réalisé en 1681 et est malheureusement introuvable depuis 1930.

A l'origine simple meuble de bois ou de pierre dont la fonction semblait surtout utilitaire (en quelque sorte, des gradins destinés à recevoir des objets liturgiques), un retable est une construction verticale, en arrière de la table d'autel, portant des décors sculptés ou peints et ayant plutôt une dimension décorative liée à la fonction religieuse.
Si on le rencontre
à partir du Moyen Âge, c'est aux 17e et 18e siècles qu'il prend de l'importance, en devenant une véritable oeuvre d'art.  Son iconographie évoque essentiellement la vie du Christ, de la Vierge et des Saints.
 
  Retablo de San Juan Bautista.

 

Círculo del Maestro de Perea.

Ermita de Nuestra Señora de la Huerta. Ademuz.

Photo :  Arxiu Mas, 1932

 

     Le "Retable de Saint Jean Baptiste" n'échappe pas à la tradition et présente parmi d'autres sujets l’Annonciation de l’Archange Gabriel, Saint Jean l’Evangéliste, la Vierge des Douleurs, Sainte Barbara, Sainte Lucie, etc.   Il semble qu'à l'époque des quatre prises de vue que je vous en propose, Ie curé de la localité ait décidé de déplacer retable, peintures et autres objets de valeur, de l'ermita moyenâgeuse à l'église paroissiale.  Depuis, toute trace de cette oeuvre a disparu.

 

"San Miguel"

Photo : Arxiu Mas, 1932

   

"Virgen de la Humildad"

Dios Padre y Anunciación en los guardapolvos.

Photo : Arxiu Mas, 1932

 



"San Sebastián"

Photo : Arxiu Mas, 1932

 


     Pour le plus grand bonheur des historiens, l’ermita abrite encore sous son toit deux autres œuvres artistiques intéressantes, historiquement du moins. 
     La chapelle a conservé jusqu’à nos jours une peinture sur bois de « la Vierge au Lait ». C'est un tableau de l'école valencienne du XVe siècle, attribué à Reixach.  Je ne puis malheureusement vous en montrer une photo. 
     Par contre, on peut encore admirer, peinte sur un pilastre, l’effigie de Marie Madeleine (La figura de María Magdalena).

      Déjà, depuis quelques décennies, quelques fragments de cette peinture murale restaient apparents et laissaient présager d’une œuvre d’origine ancienne, qui fut par la suite révélée par des méthodes peu orthodoxes, à coups de marteau égriseur, au temps de la construction de l' (horrible) institut d'enseignement secondaire limitrophe.
 


     Peut-être animé par la découverte, l'auteur anonyme de cette maladroite restauration a ensuite essayé d'enlever la couche de plâtre à base de gypse présente à divers endroits des arcs gothiques, avec l'envie évidente de trouver de nouvelles peintures.

      C'était une intervention agressive et qui a abîmé certaines oeuvres picturales anciennes.  Cependant, comme il n'existe pas mal qui par bien ne finisse, l'action a mis en évidence qu'une série de peintures murales ornaient - par le passé - l'ermita, quelques fragments de ces  décorations étant déjà devinés dans certaines zones ; ces peintures, nous le verrons plus loin, sont aujourd'hui considérées de grande valeur, pas uniquement à cause de leur caractère ancien mais aussi parce qu’elles comptent parmi les exemples  - peu abondants en ce domaine - conservés dans la Communauté valencienne.

    
   
    
     Cette effigie
de la première moitié du XVe siècle a récemment fait l'objet d'une minutieuse restauration.  Peinte sur un fond pâle gris bleuté, elle se trouve encadrée dans sa partie supérieure par une fine décoration crénelée dans des tons vivants orangés et ocre : une architecture succincte en manière de dais, qui évoque le lieu  d'origine de la sainte représentée, Magdala, ville fortifiée de Galilée avec à cette époque vingt mille habitants.  Enfin, aucun doute n’est possible quant à l’attribution de cette effigie à Marie Madeleine, car  la composition picturale reste couronnée d'une inscription en lettres gothiques noires...

Une Madeleine

     De forme élancée, parée d’une tunique d’un rouge criard, estampée de motifs floraux blancs, elle présente un beau visage ovale entouré de très longs cheveux blonds qui se prolongent des deux côtés du corps jusqu’à hauteur des genoux.  Un fin collier de perles rouges et noires enserre le cou : avec les vêtements riches et la longue chevelure, il symbolise la vanité mondaine et se présente comme un témoin de sa vie passée dissolue.

     À la main droite, elle exhibe son attribut le plus caractéristique : le flacon d'onguents destinés à laver les pieds de Jésus ou son corps après sa crucifixion. Remarquons le nimbe qui entoure sa tête, indicateur indubitable de sa sainteté.


     

 

       Avant de nous séparer bientôt, je voudrais encore, chère visiteuse, cher visiteur, attirer votre attention sur les tuiles qui recouvrent l'ermita.  Veuillez me suivre à l'extérieur.
   
  
    Regardez : patinées par le temps, elles sont de couleur ocre clair, rosée ou grise, et se fondent dans le paysage environnant.   Ce sont des tuiles « canal ».

     

 

 

     On les nomme aussi "romaines" ou encore "arabes", car elles sont venues du Proche-Orient par la route de la soie - apportées par les Grecs et les Romains - et doivent leur forme à la technique du potier.  Moulées directement sur la cuisse, elles sont incurvées, étroites vers le genou et plus larges vers l'aine. Cette forme leur permet d'être utilisées d'un côté ou de l'autre. L'assemblage des tuiles canal est simple : Il est fait sur voligeage horizontal, c’est-à-dire la pose d'un fin plancher latté sur lequel elles sont attachées. L'imbrication des tuiles de couverture dos au ciel, par-dessus celles d'écoulement, dos au toit, et leur  orientation côté large vers le bas, ainsi que leur superposition et alignement en tête-bêche, garantissent une isolation et une étanchéité efficaces contre tous les temps au fil des saisons. Du mortier ou quelques pierres les fixent  par la partie supérieure pour résister au mistral ravageur. Ainsi l'eau qui ruisselle sur le dos des tuiles de dessus et réussit tout de même à s'infiltrer est recueillie par le canal que constituent celles de dessous.

      Voilà.  J'espère avoir pu, par cette double visite guidée,  vous démontrer que l’ermitage de Notre Dame de l’Horta, ce joyau de l’architecture valencienne, constitue un résumé de styles artistiques, en vertu des agrandissements successifs réalisés pendant son histoire et des oeuvres qu'elle contient ou a contenues.  Je suis fier, de toute manière, d’avoir pu la dessiner et  partager avec vous  toutes ces découvertes.

      Attendez, ne partez pas.  Vous souvenez-vous que j’avais reçu un message d'Isabel, attirant mon attention sur ces quelques tuiles du dôme de la chapelle Saint-Antoine non encore dessinées ?  Je n'ai pas encore repris mon dessin, trop concentré par celui qui m'occupe pour l'instant, le "Palais du Marquis de..." dont je vous montrerai l'état d'avancement ce dimanche 15 novembre.  Je restaurerai ce dôme un peu plus tard.

     Je vous souhaite une bonne journée.  N'oubliez pas le guide...

 

 

 

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Mercredi 11 novembre 2009

 

 
   
     Le 25 octobre dernier, Isabel nous avait ouvert un battant de la porte d’entrée de cette aussi belle qu'étonnante "Ermita de la Virgen de la Huerta de Ademuz" et je vous proposais une découverte de l’intérieur de cet étonnant édifice moyenâgeux.  Vous souvenez-vous qu'Isabel habite à proximité et avait rencontré mon dessin par hasard sur ce blog ?

     Je la remercie très sincèrement pour son aide tellement appréciable : sans sa collaboration gentiment proposée et la collection de photos de l’intérieur de cette chapelle qu’elle m’a ensuite envoyée, le présent article n’aurait pu voir le jour. 

     Aidé ensuite par la lecture d'extraits du livre « Ademuz y su patrimonio histórico-artístico» écrit par
Raúl Eslava Blasca
, proposé en format PDF sur internet, j’ai ensuite pu préparer la visite guidée qui suit...
    
    
  Etes-vous prêt ?  Suivez le guide... !

     
     Sans conteste, La « Ermita de la Virgen de la Huerta de Ademuz » est, parmi les oeuvres architecturales qui ont survécu au fil des siècles dans ces terres du nord-est de l’Espagne, celle qui brille le plus par sa singularité et son état surprenant de conservation, bien qu’elle fût longtemps négligée au cours des siècles précédents.  De facture romane, c’est le bijou le plus remarquable du patrimoine artistique de la Communauté valencienne et un bâtiment d’une grande valeur, historique par ses origines du Moyen Âge d’une part, religieuse et sentimentale d’autre part grâce à l’attrait qu’elle inspire aux touristes et pèlerins qui la visitent et y prient. 

     Malgré cette importance, l'édifice était pourtant peu étudié par les historiens de l’art jusqu’en 1996.  Depuis, heureusement, le niveau des connaissances de la richesse historique du bâtiment a sensiblement été accru par les recherches de Raúl Eslava Blasco et d'utiles restaurations ont été effectuées.

 

      Cette ermita répond à un modèle de typologie architecturale bien défini appelé “iglesias de conquista”, que l’on pourrait traduire par « église de conquête ».

 

      
Construite à l’origine sur un plan rectangulaire, elle bénéficie d’une toiture en bois, reposant sur six arcs gothiques disposés longitudinalement et sur des piliers massifs, créant ainsi une nef centrale deux fois plus large que les deux latérales ; on peut aussi y admirer un jubé et un chœur avec balustrades en bois.
   

      J'aime beaucoup cette charmante coupole octogonale ornée d'une décoration picturale certes endommagée, mais digne d'intérêt : très lumineuse, construite sur pechina
*, elle est le résultat d'un agrandissement profond du sanctuaire en pleine époque baroque et terminé en 1673.

 

* pechina

(una pechina, c’est un triangle curvilinéaire qui soutient une coupole

et permet de passer d’un plan carré à un autre circulaire.)


      Cette construction originale du XIIIe siècle a donc subi, tout au long de son histoire, divers agrandissements, en accord avec les nouvelles modes et les goûts architecturaux des époques qui ont suivi sa conception. 
     Ainsi, deux chapelles collatérales au sanctuaire ont été ajoutées fin du XVIe siècle et redécorées au siècle suivant.

      La chapelle St-Antoine de Padoue (Sant Antoni de Pàdua) (1673), adossée au mur sud de la  construction initiale, a constitué le dernier ajout à l'ermitage médiéval. 

     Bien
qu'elle ait été érigée au XVIIe siècle, elle reproduit en grande partie la conception spatiale du sanctuaire puisque son plan est similaire et se compose également d'une coupole sur pechina.

     Cette chapelle est visible sur la photo ci-dessous, à droite et à l’arrière de l’ermita ; en elle,  je trouve donc l’explication de ce dôme pointu mais légèrement bombé situé du côté droit  et qui m’intriguait lorsque je la dessinai.


      A l’intérieur de l’ermita, des pilastres d'ordre corinthien soutiennent des décorations picturales de moindre qualité, avec des motifs floraux, de vases blancs ou d’angelots sur un fond rose.

      Datant pour la plupart du XIXe siècle, ces frises furent peintes dans le style élisabéthain, tout comme ces rubans rouges et les encadrements floraux sur les espaces plats sous la coupole et les murs.

      Il reste cependant quelques fragments de peintures originales, possiblement médiévales, qui affleurent au-dessous des plafonnages décoratifs modernes et permettent aux experts de bien évaluer la construction  comme étant d'époque romane.

  
     Notre visite vous plaît-elle ?  Je vous invite, dès ce vendredi 13 novembre, à la poursuivre, avec la présentation d'autres richesses artistiques de cette ermita.

     Madame, Monsieur,  je vous remercie de votre attention.  N'oubliez pas le guide...

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Mardi 10 novembre 2009
Bonjour.  Avez-vous observé le titre de l'article ?

Tout comme le dessin, il se précise et s'agrandit, puisque son intitulé d'hier ne reprenait que  "Le Palais.  El Palau." 

Si vous aimez les devinettes, j'attends vos suggestions : de quel Palais ou de quel Marquis  peut-il bien s'agir ?  Le reste du titre vous permet de déterminer le pays d'origine de cette photo.


Aujourd'ui, je serai, tout comme hier, à nouveau avare d'explications : je les réserve pour un prochain article.  Place aux images.
 





Je vous souhaite une excellente journée.

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Lundi 9 novembre 2009
    
     Bonjour !
    

J'aime ménager le suspense, vous écrivais-je hier ;
je ne souhaite pour autant
vous  laisser languir trop longtemps ;
ni abuser de votre temps. 

Ah, je perçois en votre regard un certain soulagement :
oui, le travail avance rapidement !


Pas de prose donc, mais de modestes vers !
Je vous présente d'affilée la deuxième étape de ce dessin.
Déjà, l'on peut voir une main.
Que nous réserve demain ?

  


    

  


 
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Dimanche 8 novembre 2009
     Chère amie visiteuse, cher ami visiteur, depuis la création de ce blog il y a 7 mois, vous avez pu y découvrir les étapes évolutives de quatre de mes dessins récents.

     Après le succès que remporta en mai mon "cheval blanc", puis en juin celui de ces mains que j'appelai  "Des mains de 87 ans - My Mother's Hands", et voyant que ma démarche plaisait, je continuai cet été avec "Le cerf, roi des forêts" puis "Caro et Jean-Phi", deux dessins sur commande dont vous aviez aussi pu observer, presque de jour en jour, la création.

     En ce dimanche 8 novembre, je suis heureux et fébrile de vous retrouver et vous présenter la première étape d'un nouveau travail qui, j'en suis convaincu, pourrait  étonner et surprendre, voire choquer.  Je me réjouis de lire vos impressions, dès à présent peut-être, et sans doute dès qu'il prendra forme et apparaîtra sous vos yeux.  Permettez-moi d'attendre encore quelques jours avant de vous en dévoiler le nom entier :
  vous me connaissez, j'aime ménager le suspense. 

     Je vous présente aujourd'hui les premiers traits commencés sur le côté droit.  Je vous laisse imaginer la suite qui leur sera donnée - tâche difficile pour l'instant - et vous invite à revenir, à intervalles réguliers : j'ai le sentiment que vous ne serez pas déçu d'observer mon dessin  grandir d'article en article, presque au même rythme d'avancement qu'en réalité, sur papier.

     Place à l'image du jour : côté droit, la photo de base, à gauche, le dessin. 
A bientôt pour la suite.

 
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